Decouverte Tuyaux Documents


La Villette Jazz Festival

Lionel se bat pour les homosexuels sans-papiers

Une mairie pas comme les autres

Jérôme Grand, directeur de cabinet à la mairie

Le PACS, mode d'emploi


Habitants du 19e, êtes-vous prêts à vous mobiliser pour le droit à la solidarité pour tous ? Vos réactions

Instituteur dans le 19e arrondissement, Lionel Povert fonde le Collectif de soutien aux homos sans-papiers pour obtenir la possibilité d'un droit d'asile territorial au nom de l'homosexualité.

Lionel Povert : “ Pour les gens du MRAP, être homosexuel et sans-papiers, c'est quand même moins bien qu'être hétéro et sans-papiers ”. Photo : Charlotte Lessana

Voilà un homme qui ne lâche pas prise facilement. Quand Chevênement lance la circulaire établissant des critères de régularisation des sans-papiers, Lionel Povert et son ami, Nazeer Shadoo Buccus, se disent : “ pas question d'attendre encore des années”. Pourtant, il leur aura fallu lutter contre vents et marées, car même les associations traditionnelles refusent de leur accorder leur soutien : “ Vous ne rentrez pas dans les critères, vous courrez au casse-pipes ” leur a t-on rétorqué au MRAP (Mouvement de rapprochement et d'amitié entre les peuples), auquel le couple adhère depuis six ans. “ Je me suis rendu compte que nos revendications politiques en tant qu'homosexuels, c'est-à-dire un droit au séjour et un droit à l'immigration, n'étaient entendues ni par le ministère, ni par la préfecture, ni par les administrations, ni par les associations ”, dit Lionel. Et il ajoute lucide : “ finalement, au MRAP, être homosexuel et sans-papiers, c'est quand même moins bien qu'être hétéro et sans-papiers ”.

Pour la plupart des sans-papiers, avoir une vie conjugale stable relève du miracle

Le couple monte malgré tout un dossier solide, multipliant les cautions prestigieuses. Mais la demande est rejetée. Ils fondent alors le Collectif de soutien aux homos sans-papiers (CSHSP), dont l'objectif est d'obtenir la possibilité d’un droit d'asile territorial au nom de l'homosexualité. “ A cause de la pression sociale à l’île Maurice, Nazeer n'aurait pas pu vivre son désir homosexuel et en plus, il aurait été obligé de se marier ” explique Lionel. “ Si ça ne relève pas de la torture morale, c'est quoi ? ”
Nazeer est finalement régularisé le 22 mai 1998. Mais, pour Lionel, avoir passé six ans sans papiers pour finalement arracher une carte d'un an, “ c'est une injure à ma citoyenneté ”. Comment faire des projets d'avenir, trouver un travail, quand de fait on reste à la merci de l'administration ? D'ailleurs pour la plupart des sans-papiers, établir une vie conjugale stable se révèle extrêment difficile dans une situation de précarité légale. La pression que le couple a vécu est énorme. Lionel l'avoue cela a pesé sur son travail. “ Au troisième trimestre, mes élèves de CM2, s'en sont pris plein la gueule ”, dit il, malheureux. C'est donc pour sortir de là qu'il soutient, dans une perspective pragmatique, le projet du PACS. Mais, “ c'est un soutien très critique, ajoute immédiatement Lionel, si un couple ne peut pas, avec le PACS, obtenir un droit au séjour, alors on n'en veut pas ”.

CSHSP : 277, rue de Belleville, 75019 Paris.
http://altern.org/cshsp


Propos recueillis par Charlotte Lessana

Retourner au début de l’article